
Du pain, des roses, pis de la dignité
La Marche du pain et des roses de 1995 — une mobilisation qui a changé le Québec pour de vrai
Publié le 3 mars 2026 · Lecture : ~5 min
Vous êtes-vous déjà demandé c'est quoi exactement qui rend une marche féministe aussi puissante qu'une loi? Ben en 1995, les femmes du Québec ont répondu à cette question-là en partant à pied — literallement — pour aller cogner à la porte du gouvernement avec des roses dans les mains.
C'est la FFQ (Fédération des femmes du Québec), menée par sa présidente Françoise David, qui a organisé ce qui allait devenir l'une des plus belles pages de l'histoire féministe québécoise : La Marche du pain et des roses. Le tout a démarré le 26 mai 1995, quand des centaines de femmes ont mis leurs bottes de marche pis ont pris la route.
Les chiffres de la marche — 1995
- 200–250 km parcourus à pied
- 10 jours de marche
- 3 routes : Montréal, Longueuil, Rivière-du-Loup
- Arrivée devant l'Assemblée nationale le 4 juin 1995
Les trois routes partaient de Montréal, de Longueuil pis de Rivière-du-Loup. Les marcheuses ont traversé des dizaines de villages, ramassant des milliers de sympathisant·es au passage, avant d'arriver à Québec le 4 juin 1995 en grand nombre devant l'Assemblée nationale. C'était quelque chose à voir, ça là.
« Le pain, c'est la survie. Les roses, c'est la dignité. Les femmes ont besoin des deux. »
Pourquoi « le pain ET les roses »?
Le nom de la marche, c'était pas un hasard pantoute. Il référait directement à la grève des ouvrières du textile de Lawrence, au Massachusetts, en 1912. Des femmes qui se battaient pour pas juste un salaire décent, mais pour avoir une vie qui vaut la peine d'être vécue. Le pain = la survie économique de base. Les roses = la joie, la culture, le respect de soi.
Au Québec, cette symbolique-là a pris tout son sens : les marcheuses réclamaient des hausses du salaire minimum, l'équité salariale, le gel des frais de scolarité, plus de logements sociaux, pis une meilleure application des pensions alimentaires. Des demandes concrètes, portées par une image forte.
Pis ça a marché! Le gouvernement du Québec a répondu à une bonne partie de la plateforme. La province a adopté des politiques sur les services de garde, l'équité salariale pis les programmes sociaux qui nous ont mis en avant d'autres provinces canadiennes. Preuve que quand le symbolique pis le politique marchent ensemble, ça peut changer des affaires pour vrai.
De Québec à Beijing... pis au monde entier
La puissance émotive et politique de la Marche du pain et des roses a semé une graine qui allait pousser à l'international. En 1995, à la Conférence mondiale sur les femmes de Beijing, des militantes de la FFQ ont proposé quelque chose d'ambitieux : une mobilisation transnationale contre la pauvreté et la violence faite aux femmes. Elles s'inspiraient directement de ce qu'elles venaient de vivre sur les routes du Québec.
Cette idée-là a germé pour devenir la Marche mondiale des femmes, lancée le 8 mars 2000 — la Journée internationale des femmes — avec le Québec comme l'un des hubs organisateurs principaux. La charte du mouvement, développée en collaboration féministe internationale, identifiait la justice, la paix, l'égalité, la solidarité pis la liberté comme valeurs fondamentales, en ciblant le patriarcat pis le capitalisme comme deux systèmes d'oppression liés ensemble.
La chaîne historique en bref
- 1912 — Grève des textiles, Lawrence MA : origine du symbole
- 1995 — Marche du pain et des roses, Québec (26 mai – 4 juin)
- 1995 — Proposition à Beijing pour une marche mondiale
- 2000 — Lancement de la Marche mondiale des femmes, 8 mars
Même si la Marche mondiale des femmes utilise toutes sortes de symboles, elle reste ancrée dans cette image-là : marcher ensemble, porter des objets du quotidien — du pain, des fleurs — qui disent à la fois la vulnérabilité pis la force. Au Québec, les anniversaires successifs pis les remobilisations continuent d'invoquer l'héritage du « Pain et des roses », ce qui montre à quel point la symbolique florale-économique tient le coup dans le féminisme d'icitte.
C'est ça, la beauté d'une rose comme outil de résistance : elle est fragile en apparence, mais ses épines, elles, elles piquent pour vrai.
https://casac.ca/world-march-of-women-2000/
https://ffq.qc.ca/en/about/
https://montreal.citynews.ca/2025/10/18/bread-roses-women-march-quebec/
https://www.polymtl.ca/salle-de-presse/en/newsreleases/week-white-rose-and-december-6-1989-commemorations-polytechnique-montreal-0


