
Roses blanches et mémoire — quand une fleur devient un acte féministe
Roses blanches et mémoire — quand une fleur devient un acte féministe Du 6 décembre 1989 à aujourd'hui : comment la rose blanche est devenue le symbole d'un deuil collectif et d'un engagement qui continue
Publié le 3 mars 2026 · Lecture : ~4 min
Y'a des dates qu'on oublie pas. Le 6 décembre 1989, un homme entre à l'École Polytechnique de Montréal avec une arme et tue 14 femmes parce qu'elles étudient en génie. Un acte antiféministe. Un féminicide. Une blessure collective qui, au Québec, ne s'est jamais tout à fait refermée.
Avec le temps, c'est la rose blanche qui est devenue le symbole central des commémorations de Polytechnique. Pas la rose rouge de l'amour romantique — la blanche, celle du deuil, de la pureté perdue, et d'un engagement qui dure : celui d'ouvrir les sciences et le génie aux femmes. Pour toujours, pas juste en paroles.
La Semaine de la rose blanche : se souvenir en agissant
Chaque année, Polytechnique Montréal organise sa Semaine de la rose blanche, où les gens sont invités à acheter des roses blanches virtuelles. Les fonds amassés soutiennent les camps scientifiques et les ateliers de Folie Technique, destinés aux filles de communautés sous-représentées. C'est ben beau les commémorations, mais là, on parle d'argent qui se transforme en accès concret pour des jeunes filles qui veulent, elles aussi, faire de la science.
Les organisateurs sont clairs là-dessus : la rose blanche relie le souvenir à la promotion des femmes en STIM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques). Le fleur mémorial devient un investissement dans les prochaines générations — dans les futures ingénieures qui méritent de prendre leur place dans des domaines longtemps réservés aux hommes.
Des couronnes de roses blanches sont déposées chaque année sur la plaque commémorative des victimes. Des expositions mettent en lumière la vie des 14 femmes, gardant leurs histoires vivantes dans l'espace public. Pas juste des noms gravés dans le marbre — des personnes, des parcours, des rêves interrompus.
« Jamais plus. » C'est le cœur du rituel. Les fleurs deviennent un langage collectif qui tient le deuil, nomme la violence comme ce qu'elle est — une violence de genre — et répète une exigence féministe qui ne vieillit pas.
Les 14 femmes qu'on n'oublie pas
Geneviève Bergeron. Hélène Colgan. Nathalie Croteau. Barbara Daigneault. Anne-Marie Edward. Maud Haviernick. Maryse Laganière. Maryse Leclair. Anne-Marie Lemay. Sonia Pelletier. Michèle Richard. Annie St-Arneault. Annie Turcotte. Barbara Klucznik-Widajewicz.
Leurs noms méritent d'être lus, pas juste comptés.
Reprendre la fleur : l'art féministe qui pique
Y'a quelque chose d'ironique dans l'histoire des fleurs en art. Pendant des siècles, on a cantonné les femmes artistes aux « sujets sages » — les natures mortes, les bouquets, les jardins. Des sujets jugés sans danger, sans ambition, sans portée politique. Ben les féministes ont décidé de retourner ce symbole-là contre ceux qui le miniaturisaient.
Aujourd'hui, en art féministe contemporain — au Québec comme ailleurs — les fleurs sont réclamées comme symboles de force, de résistance, et d'identités féminines complexes. Les pétales, les épines, le cycle de vie d'une plante : tout ça devient métaphore. La survie à travers l'adversité. La solidarité. La transformation.
Plusieurs œuvres placent des fleurs en tension directe avec des matériaux industriels, du fil barbelé, ou du texte sur le genre. La douceur confrontée à la violence structurelle. Le fragile qui tient bon. Au Québec, des artistes puisent dans la botanique, l'histoire des jardins et les images du domestique pour questionner les rôles de genre, les histoires coloniales, pis les injustices environnementales.
C'est une stratégie simple mais efficace : prendre ce qu'on t'a donné pour te faire taire, et en faire une arme.

















